Pneus de voiture

Les émissions cachées des pneus de voiture

Emissions Analytics teste les pneus pour les émissions nocives

Bandenmuur

Les tests pour émissions nocives des pneus de voiture se concentrent essentiellement sur des substances connues observables à des endroits bien définis, tels que le pot d'échappement. Cependant, les pneus émettent de nombreuses substances nocives et ont donc un impact important sur notre santé. Pourtant, on n'y prête guère attention. Emissions Analytics dresse un état des lieux et invite à surveiller également les pneus de plus près.

Alexis Daveloose - 19 janvier 2023

Les tests d'émissions se concentrent invariablement sur les suspects habituels, des produits chimiques bien connus qui sont plus susceptibles d'être présents en petites quantités et à des endroits fixes. Toutes sortes d'équipements sophistiqués sont déployés pour effectuer ces mesures et la réglementation devient de plus en plus stricte. A tel point qu'elle n'apporte que peu d'avantages supplémentaires.

Étrangement, les pneus échappent généralement à notre attention. Cependant, les émissions dues à l'usure des pneus sont omniprésentes et sont même présentes dans notre corps. La complexité chimique de ces émissions contribue souvent à masquer ces substances et à compliquer leur analyse. Emission Analytics suggère donc de changer rapidement notre fusil d'épaule et de braquer les projecteurs sur les émissions des pneus.

Des recherches scientifiques récentes évaluées par des pairs estiment qu'un adulte lambda émet chaque jour dans ses urines quelque 11,8 nanogrammes de 6PPD et de 6PPD quinone par kilogramme de poids corporel. Ces substances ont acquis une certaine notoriété grâce à des recherches américaines qui ont établi un lien entre ces produits chimiques et une mortalité massive chez les saumons et, récemment, chez les truites. Le 6PPD est un agent de conservation présent dans presque tous les pneus et quelques autres produits. Cette substance forme la 6PPD-quinone lorsqu'elle réagit avec l'oxygène de l'air, et c'est ce produit qui est responsable de la mort des poissons. Il semble que des émissions de pneu se retrouvent quotidiennement dans nos urines.

Emissions Analytics teste depuis plusieurs années ces émissions provenant des pneus, en examinant l'usure dans des situations réalistes. Actuellement, un véhicule équipé de pneus neufs émet 67 mg/km, une quantité qui diminue environ  de moitié vers la fin de la vie du pneu. En d'autres termes, la masse de particules fines générée par l'usure des pneus est presque 2.000 fois plus importante que celle provenant du pot d'échappement des véhicules équipés de moteurs à combustion interne modernes (ICE).

Bestanddelen van een typische band van een marktleider
Composants d'un pneu typique d'un leader du marché européen

En outre, les tests suggèrent que les émissions des pneus augmentent d'environ 21% pour chaque tranche supplémentaire de 500 kg de masse du véhicule, ce qui équivaut à peu près à une grosse batterie. Pour certains, il s'agit d'un argument de poids contre les BEV plus lourds, qui ne sont clairement pas à émission zéro. Toutefois, le problème n'est pas tant que les BEV sont moins écologiques qu'on ne le pense, mais plutôt que les émissions de tous les pneus sont maintes fois supérieures à celles des pots d'échappement des moteurs à combustion interne. Pour être complet, les émissions des pneus et des pots d'échappement des vieux véhicules diesel dépourvus d'un filtre à particules ou équipés d'un filtre à particules endommagé sont presque identiques.

Les émissions des pneus ne sont donc certainement pas un problème exclusif des BEV. En fait, la tendance est aux SUV plus lourds équipés de moteurs à combustion interne, ce qui est tout aussi problématique. En outre, les tests effectués sur plus de 300 types de pneus montrent que les pneus spécialement conçus pour supporter le poids et le couple plus importants des BEV ont tendance à présenter des niveaux de polluants plus faibles. Le degré d'usure plus élevé est ainsi compensé par une composition plus écologique du pneu. Le résultat, bien sûr, est que ces pneus spéciaux sont plus chers et lorsqu'ils sont remplacés par des pneus standard, les émissions deviennent assez dramatiques.

Les dernières estimations suggèrent que les 1,5 milliard de voitures dans le monde émettent environ 6 millions de tonnes de matériaux de pneu sur une base annuelle, ce qui équivaut à environ 4 kg par voiture et par an. On prétend souvent que ce n'est pas du tout un problème, car les particules libérées sont plus grosses et restent donc coincées dans les égouts ou dans le sol à côté de la route. Toutefois, cela est loin d'être certain. Par exemple, dans de nombreux pays, le filtrat des égouts et du sol est revendu aux agriculteurs qui l'utilisent comme engrais. De cette façon, les polluants finissent toujours par se retrouver dans nos aliments et notre eau potable.

En outre, il semble qu'environ 10% de toutes les particules provenant des pneus se retrouvent dans l'air. Il s'agit principalement de fines particules de poussière. Pourtant, une part importante des émissions aboutit sur terre. Une étude récente a examiné dans quelle mesure les laitues absorbent ces émissions. Celle-ci a montré que la 6PPD et la 6PPD-quinone - entre autres particules - étaient facilement absorbées par la laitue via les racines et ainsi transportées vers les feuilles. La majorité des polluants sont libérés lorsqu'ils pénètrent dans le sol et entrent en contact avec les eaux souterraines.

Le défi est donc de parvenir à bien cerner à la fois les particules d'origine et les produits chimiques qui en résultent et leurs effets. C'est pourtant nécessaire si l'on veut réglementer efficacement. Emissions Analytics s'occupe déjà de tester et d'établir la composition chimique et les dommages potentiels de l'usure des pneus. La base de données comprend désormais plus d'une centaine de modèles de pneus du marché américain, en plus des centaines d'échantillons européens. Les résultats montrent en tout cas que les pneus sont très complexes et sophistiqués en termes de composition. Cette complexité ne nous aide donc pas à identifier et à traiter le véritable problème.

Des études chromatographiques et spectrométriques détaillées réalisées par Emissions Analytics montrent que diverses substances toxiques sont libérées lors de l'usure des pneus, notamment des substances qui provoquent des irritations de la peau, des yeux et des poumons. Il est remarquable que, malgré les différentes parties d'un pneu - chacune ayant ses propres fonctions et caractéristiques - les substances détectées sont largement les mêmes sur l'ensemble de l'objet. Il est désormais possible de mesurer et de suivre des substances communes et spécifiques, ce qui peut nous aider à mieux évaluer leur impact et donc à mieux les réglementer.

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