Mario Draghi tire la sonnette d'alarme
Début septembre, Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne et l'un des plus grands experts économiques européens, a présenté son rapport intitulé "L'avenir de la compétitivité européenne", commandé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Le rapport tant attendu de Mario Draghi sur la compétitivité de l'Europe lance un terrible avertissement: l'Europe doit prendre des mesures immédiates pour éviter de mettre en péril son bien-être, son environnement ou sa liberté. M. Draghi a souligné qu'il était urgent de s'attaquer au ralentissement économique de l'Europe et a appelé à une rupture décisive avec des années de retard dans les réformes nécessaires.

En ce qui concerne l'industrie automobile, le rapport illustre les conséquences de la planification incohérente de l'UE dans l'alignement des politiques climatiques et industrielles. Malgré l'objectif ambitieux de l'UE de réduire à zéro les émissions de gaz d'échappement d'ici 2035, qui vise à éliminer progressivement les véhicules à moteur à combustion interne, la coordination de la transformation de la chaîne d'approvisionnement est insuffisante. L'une des principales lacunes est le lancement tardif de l'Alliance européenne des batteries en 2017, ce qui laisse l'Europe à la traîne dans la construction d'une chaîne de valeur compétitive pour les batteries.
Contrairement à la Chine, qui a commencé à investir dans la chaîne d'approvisionnement des véhicules tout électriques (VE) dès 2012, l'Europe ne dispose pas d'une longueur d'avance en matière de technologie des VE et d'efficacité de fabrication. L'absence de politiques européennes synchronisées, notamment en ce qui concerne l'infrastructure de recharge, exacerbe le problème. Les investissements précoces et à grande échelle de la Chine lui ont donné une avance technologique considérable, et les entreprises européennes perdent maintenant des parts de marché.
Entre 2015 et 2023, la part de marché des fabricants chinois de VE en Europe est passée de 5% à près de 15%, tandis que la part de marché des constructeurs automobiles européens a chuté de 80% à 60%. L'incapacité à mettre pleinement en œuvre le principe de neutralité technologique dans l'industrie automobile entrave également les progrès. Alors que la promotion des véhicules à zéro émission est cruciale pour le climat, il manque une politique industrielle globale qui soutienne la transition, en particulier en ce qui concerne la chaîne d'approvisionnement et l'infrastructure. Cette lacune met en péril la compétitivité de l'Europe dans l'industrie automobile mondiale.
Le CECRA a toujours plaidé pour que l'Europe mette en œuvre le principe de neutralité technologique dans l'industrie automobile, ce qui non seulement favorisera l'innovation mais offrira également aux opérateurs un éventail d'options (technologies à faibles émissions telles que l'hydrogène et les e-carburants) pour réduire efficacement les émissions d'une manière abordable et réalisable.
