DEKRA met une voiture à vapeur de 102 ans sous pression
Le Stanley Steamer soumis à son épreuve bisannuelle
Les motorisations alternatives ne datent pas d'hier. Un Stanley Steamer 750 B âgé de 102 ans vient encore d'en apporter la preuve lors d'un contrôle de sécurité particulier effectué par DEKRA. Cet ancêtre américain de 1924 fonctionne à la vapeur, avec une pression de chaudière d'environ 42 bar. Tous les deux ans, les experts en équipements sous pression de DEKRA réalisent une épreuve de résistance au cours de laquelle la pression est portée à plus de 60 bar.
Lorsqu'il est question de motorisations alternatives, on pense aujourd'hui rapidement aux voitures électriques ou à l'hydrogène. Il y a plus d'un siècle, les constructeurs automobiles expérimentaient pourtant déjà des solutions très différentes. Le Stanley Steamer 750 B de 1924 appartenant au collectionneur allemand Jörg Pühler en est un exemple particulièrement remarquable.
La Stanley Motor Carriage Company de Newton, dans le Massachusetts aux États-Unis, a construit plus de 10.000 voitures à vapeur entre 1898 et 1924. L'exemplaire de Pühler serait l'antépénultième plus trois, soit le quatrième en partant de la fin, à avoir quitté l'usine. Le véhicule a été restauré une première fois aux États-Unis dans les années 60, est arrivé en Angleterre en 2010 et a été acheté par Pühler en 2017.
De l'eau, du kérosène et 42 bar
Le principe de fonctionnement diffère fondamentalement de celui d'un moteur à combustion classique. Dans la chaudière, 40 à 50 litres d'eau sont chauffés à l'aide d'un brûleur au kérosène. La vapeur ainsi produite est acheminée sous haute pression, par l'intermédiaire de tiroirs de distribution, vers les deux cylindres de la machine à vapeur situés près de l'essieu arrière. Elle y actionne les pistons.
"La pression de service dans la chaudière est d'environ 42 bar", explique Franziska Ellinghaus, experte en équipements sous pression chez DEKRA à Heilbronn. À titre de comparaison, un pneu automobile est généralement gonflé à une pression comprise entre 2 et 3 bar.
Cette pression élevée nécessite précisément un contrôle de sécurité spécifique. Outre le contrôle technique périodique allemand habituel, la chaudière à vapeur doit faire l'objet d'une inspection distincte. Celle-ci ne porte pas sur les composants automobiles classiques tels que les freins, les roues ou l'éclairage, mais sur la chaudière et ses équipements, particulièrement importants pour la sécurité.
Une pression d'essai de plus de 60 bar
Durant l'été 2026, Ellinghaus et son collègue Alexander Czech ont réalisé l'épreuve de résistance bisannuelle de la chaudière. Le propriétaire avait préalablement démonté le brûleur afin de permettre aux experts de DEKRA d'accéder plus facilement au dessous de la chaudière et aux tubes de fumée.
Lors de l'essai, une pompe met progressivement l'installation sous une pression largement supérieure à 60 bar. Cette pression d'épreuve prescrite doit être maintenue pendant une demi-heure afin de contrôler l'intégrité du système.
Une fois la pression requise atteinte commence l'inspection proprement dite. L'experte surveille le manomètre tout en contrôlant la chaudière, les conduites et leurs raccords. Toute baisse de pression pourrait en effet révéler une fuite. La présence de fines perles ou de gouttes d'eau peut également indiquer une perte d'étanchéité.
La chaudière inspectée jusque dans ses détails
Une attention particulière est portée à la partie inférieure de la chaudière, où se trouvent le serpentin de chauffe et les tubes de fumée. Ces tubes, disposés dans un cercle d'environ 75 cm de diamètre, assurent en fonctionnement le chauffage et la vaporisation de l'eau.
DEKRA y recherche également minutieusement toute trace de fuite. Ellinghaus vérifie en outre la présence éventuelle de dépôts susceptibles de se détacher.
L'épreuve de résistance dure au total environ une heure. Sur ce Stanley Steamer, l'aiguille du manomètre est restée stable et les conduites, les raccords ainsi que le dessous de la chaudière sont restés secs. L'installation a donc réussi l'épreuve sans problème.
Quatre années de restauration
Ce résultat est également important pour le propriétaire Jörg Pühler. Après avoir acheté le Stanley Steamer en Angleterre, il l'a entièrement démonté et a consacré quatre années à sa restauration.
Trouver ensuite un expert capable de contrôler une installation sous pression aussi particulière ne s'est pas révélé évident. Selon Pühler, de nombreux organismes ne savaient pas comment aborder une chaudière installée dans une automobile et fonctionnant à une pression de plus de 40 bar. C'est finalement par l'intermédiaire d'une connaissance qu'il s'est adressé à DEKRA à Heilbronn.
La chaudière actuelle n'est d'ailleurs plus celle de 1924. Elle a été reconstruite en Angleterre en 2013 sur la base des plans d'origine et remplace depuis lors la chaudière initiale.
Grâce à la réussite de cette épreuve de résistance, DEKRA a confirmé que l'installation sous pression satisfait à nouveau aux exigences de contrôle allemandes. Une technologie automobile particulièrement originale, remontant aux débuts de l'automobile, peut ainsi continuer à rouler en toute sécurité 102 ans après sa construction.