Un véritable signal d'alarme
Rubrique - Ferre Beyens, analyste/journaliste automobile

Le dogmatisme climatique et l’incompétence politique ont mis à mal notre approvisionnement énergétique. La transition énergétique alimentée par des illusions 'zéro carbone' et destructrice de capitaux a fait grimper les prix de l’électricité en flèche et a acculé l’industrie manufacturière européenne dans une situation où elle subit de lourds revers économiques. Alors que la pression s'intensifie sur un marché automobile en stagnation en raison d'un afflux imparable de marques chinoises, le secteur automobile européen peine à tenir la route. Avec pour conséquence inévitable des restructurations drastiques, des fermetures d'usines et des suppressions massives d'emplois.
"Comment les droits de douane supplémentaires de l’UE sur les véhicules électriques chinois ont été subtilement contournés"
Bien sûr, cette avancée des marques automobiles chinoises n’est pas la seule cause de tous nos malheurs dans le secteur automobile, mais elle en est la fameuse goutte d’eau qui a fait déborder le vase… Les avertissements concernant les répercussions scientifiquement quantifiables de cette transition énergétique menée à la hâte et sans réfléchir ont été systématiquement ignorés. Faute de bon sens, les responsables politiques ont ensuite balayé d’un revers de main toutes les prédictions concernant cette invasion automobile chinoise. Ou – dans le meilleur des cas – ont imaginé quelques mesures pitoyables, inefficaces ou à peine efficaces.
Selon l’ancien PDG de Fiat Chrysler, Alfredo Altavilla, conseiller principal chez CVC Capital Partners et conseiller spécial pour l’Europe chez BYD, les restructurations annoncées et les pertes d’emplois massives constituent un dernier signal d’alarme pour les constructeurs automobiles européens.
Les tentatives de l’UE visant à endiguer l’afflux de voitures chinoises à l’aide de droits d’importation ne sont rien d’autre que des obstacles protectionnistes voués à l’échec. En effet, comme l’affirme Alfredo Altavilla, les grands acteurs chinois contournent ces règles en assemblant leurs voitures sur le sol européen. Les droits à l’importation supplémentaires de l’UE – qui s’élèvent, pour SAIC (MG, Maxus), à 35,3% en plus du droit d’importation standard de 10% – peuvent être contournés grâce à trois voies de contournement efficaces.
Premièrement, en construisant de nouvelles usines (greenfields) (voir BYD en Hongrie) ou en rachetant des usines existantes (brownfields) pour y effectuer l’assemblage. Sur le sol européen donc: "Made in Europe". Des voitures chinoises qui ne sont par conséquent soumises à aucun droit d’importation supplémentaire.
La deuxième 'voie de contournement' consiste à opter pour les hybrides rechargeables (PHEV), une solution de plus en plus courante. En effet, les droits d’importation supplémentaires de l’UE s’appliquent spécifiquement aux voitures entièrement électriques. Les marques chinoises ont donc très rapidement réorienté leur production vers les hybrides rechargeables et les hybrides auto-rechargeables, qui échappent à ces droits d’importation plus élevés.
La troisième voie de contournement? Il suffit de regarder les géants chinois comme Geely (Volvo, Polestar, Smart, Link & Co), qui peuvent invoquer des droits de propriété et n’ont même pas besoin de construire de nouvelles usines. En effet, ils peuvent considérer comme les leurs les chaînes d’assemblage européennes de leurs filiales, telles que Volvo, ou de partenaires. À l’instar de ce que Ford s’apprête déjà à faire avec Geely dans son usine espagnole de Valence.
Altavilla souligne des changements structurels désormais inévitables et auxquels l’industrie automobile européenne ne peut plus s’opposer. La résistance politique sous forme de droits de douane échoue. Mais s’accrocher obstinément aux méthodes de développement ou de production traditionnelles ne fonctionnera plus non plus. Les constructeurs automobiles européens ne peuvent plus arrêter l’invasion chinoise et sont contraints de réduire leurs capacités de production excédentaires. De plus, ils devront accélérer radicalement leur développement logiciel et leurs technologies de batteries. À cet égard, la chaîne d’approvisionnement chinoise, d’une rentabilité inégalée, promet de rester un défi particulièrement difficile pendant encore longtemps. Le rapport met également en garde contre le manque de compétitivité des sites de production européens traditionnels des constructeurs européens établis. À cet égard, Altavilla pointe notamment du doigt les usines automobiles allemandes, qui, outre la hausse des coûts énergétiques, continuent de faire face à une sous-utilisation massive de leurs capacités et à des coûts d’exploitation bien trop élevés.
Grâce à une stratégie ambitieuse à deux volets, BYD accélère son expansion européenne. Cela passe par la construction d’une nouvelle usine en Hongrie et le rachat d’une usine automobile existante sous-exploitée en Europe du Sud ou de l’Ouest. Parallèlement, des discussions sont en cours avec Stellantis concernant la transformation de sites en Italie et en France confrontés à une surproduction. BYD manifeste également de l’intérêt pour l’usine VW de Dresde (Allemagne) et un site Maserati en Italie.
Du côté des constructeurs automobiles européens… Chez Volkswagen, la capacité de production maximale a été ramenée de 10 à 9 millions de véhicules. À la mi-juillet dernier, il était encore question de la fermeture de quatre usines Volkswagen en Allemagne (Hanovre, Emden, Zwickau et Neckarsulm). Jusqu’à 100.000 emplois sont ainsi menacés. Tout cela s’accompagnera inévitablement d’une vague de faillites chez divers sous-traitants au Luxembourg, en Pologne et en République tchèque.
Porsche traverse également une période très difficile. Des restructurations en profondeur sont inévitables. 8.900 emplois vont être supprimés. Stellantis est confronté à une surproduction en Italie et en France, et au sein du groupe Mercedes également, des restructurations en profondeur et d’importantes réductions de coûts sont mises en œuvre.
Fin juillet, BMW, qui avait longtemps 'tenu bon', a également annoncé de grandes réformes. À l’échelle mondiale, jusqu’à 8.000 emplois sont menacés. Afin de réduire les coûts de manière structurelle, cette réduction des effectifs ne concerne que le personnel administratif et les postes non liés à la production. Il n’y a pas (pour l’instant) de licenciements forcés. Fortes baisses de bénéfices, coûts énergétiques élevés et concurrence chinoise qui ne cesse de se renforcer… les constructeurs automobiles européens vont le sentir passer...




