L’industrie européenne du pneu dépend des importations
Une étude révèle les fragilités de la chaîne de production
De la matière première au produit fini, l’industrie européenne du pneu est étroitement liée au commerce mondial. Une nouvelle étude d’Oxford Economics, réalisée à la demande de Tyres Europe, chiffre cette dépendance et examine les activités économiques tributaires des pneus. Avec sa campagne "Tyres keep Europe moving", Tyres Europe attire l’attention sur ces résultats.
Quatre pneus sur dix sont importés
En 2024, quelque 322 millions de pneus ont été produits dans l’UE. Pourtant, 40% des pneus nouvellement montés cette année-là sur des véhicules utilisés dans l’UE provenaient de pays tiers. Cette estimation englobe tant les pneus équipant des véhicules neufs que les pneus de remplacement.
La moyenne masque des différences selon le type de véhicule. D’après l’étude, 69% des pneus nouvellement montés sur des voitures particulières avaient été produits dans l’UE. Pour les véhicules utilitaires, cette part était de 50%.
Les matières premières sont aussi importées
La dépendance aux importations commence avant même la fabrication. Les matières et produits intermédiaires importés représentaient, selon les estimations, 11,9% de la valeur de production des pneus dans l’UE, contre 7% en moyenne pour l’ensemble de l’économie européenne. Pour le caoutchouc naturel, l’UE dépend entièrement des importations.
Cet approvisionnement est en outre concentré. Selon Oxford Economics, plus de 90% du caoutchouc naturel importé par l’UE provenait de Côte d’Ivoire et de quatre pays d’Asie du Sud-Est: la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie et le Vietnam. Une perturbation dans ces pays pourrait donc avoir des conséquences pour la production européenne de pneus.
L’UE dépend entièrement des importations de caoutchouc naturel, issues d’un petit nombre de pays
Des chiffres économiques à interpréter avec prudence
Oxford Economics estime que les pneus produits en Europe ont potentiellement permis, chez leurs clients directs, une activité économique correspondant à 572 milliards d’euros de PIB et à 6,1 millions d’emplois en 2024. Le calcul englobe notamment les constructeurs de véhicules et le commerce de pneus, leurs fournisseurs ainsi que les dépenses des salariés. Il ne signifie pas que l’industrie du pneu a elle-même produit l’intégralité de ce montant.
L’étude examine également six secteurs fortement dépendants des véhicules ou des machines équipés de pneus, dont l’agriculture, la construction, le transport routier et le transport de personnes. Ensemble, ils représentaient en 2024 une contribution directe de 1.500 milliards d’euros au PIB et 30,5 millions d’emplois, soit respectivement 9% du PIB et 13% de l’emploi dans l’UE. Ce chiffre décrit la taille de ces secteurs: l’ensemble de leur activité ne peut pas être attribué aux pneus.
Les 1.500 milliards d’euros concernent six secteurs, pas la contribution des fabricants de pneus
Préserver les capacités de production
Les pneus doivent répondre simultanément à des exigences de sécurité, de durée de vie, de consommation d’énergie et de performance environnementale. Selon Tyres Europe, ses membres ont investi au total 10 milliards d’euros en recherche et développement entre 2017 et 2023.
Pour son secrétaire général Adam McCarthy, l’étude plaide en faveur d’une politique industrielle qui contribue à préserver en Europe la fabrication de pneus de haute technologie. Une solide base de production européenne pourrait, selon lui, réduire la dépendance aux fournisseurs établis hors de l’UE et renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement du secteur automobile.
Oxford Economics a également étudié les conséquences possibles d’une grave perturbation de l’approvisionnement en caoutchouc naturel. À travers la hausse des prix des pneus et des pénuries temporaires, celle-ci pourrait toucher d’autres secteurs. Cette partie de l’étude repose sur un scénario hypothétique et ne constitue pas une prévision.