La politique wallonne des radars manque de stratégie
La Cour des comptes formule huit recommandations
La Région wallonne a installé 317 nouveaux radars entre 2020 et 2024, mais ne peut pas suffisamment vérifier où et quand ils sont utilisés ni si les infractions sont effectivement sanctionnées. Selon la Cour des comptes, il manque également un plan opérationnel de sécurité routière, des objectifs de performance précis et une analyse globale des points noirs du réseau. Elle formule dès lors huit recommandations.
Source: Belga
La Cour des comptes a examiné la politique menée par la Région wallonne entre 2019 et 2024 pour contrôler le respect de la vitesse maximale autorisée. L'audit portait aussi bien sur le cadre stratégique et financier de la politique de sécurité routière que sur la mise en œuvre opérationnelle des contrôles de vitesse.
L'institution de contrôle reconnaît que l'augmentation du nombre de radars a contribué à améliorer la sécurité routière. La Région ne peut toutefois pas suffisamment démontrer si les appareils sont utilisés aux endroits et aux moments les plus appropriés, ni si les infractions constatées donnent effectivement lieu à une sanction.
Aucun plan opérationnel de sécurité routière
La Wallonie souscrit à l'objectif de ramener à zéro le nombre de tués sur les routes d'ici 2050. Un objectif intermédiaire de maximum 100 tués par an a été fixé pour 2030. Selon la Cour des comptes, la Région ne dispose pourtant toujours pas d'un plan stratégique formalisé et opérationnel traduisant ces ambitions en objectifs concrets, en étapes intermédiaires, en moyens nécessaires et en résultats mesurables.
Les mesures prises au cours des dernières années reposent principalement sur des décisions ponctuelles, estime la Cour. Certaines mesures largement soutenues sont par ailleurs répétées sans que leur efficacité ait été suffisamment démontrée au préalable ou évaluée par la suite.
L'organe chargé du pilotage des plans de sécurité routière n'a pas non plus pleinement assumé ce rôle. En l'absence d'indicateurs de performance, la Région peut difficilement déterminer dans quelle mesure les différentes actions contribuent aux objectifs fixés.
La Wallonie reste à la traîne
Bien que le nombre de victimes de la route diminue à plus long terme en Wallonie, les résultats restent moins favorables que dans les autres Régions belges et dans plusieurs régions européennes. En 2024, la Wallonie comptait 56 tués sur les routes par million d'habitants, contre 37 en Flandre et 9 à Bruxelles.
Dans sa réponse à l'audit, le ministre wallon de la Mobilité souligne que le nombre de tués sur les routes a diminué de 33% depuis 2019 et celui des blessés graves de 17%. Compte tenu de l'augmentation du nombre de véhicules par habitant et du nombre de kilomètres parcourus, il considère cette évolution comme significative.
430 millions d'euros de recettes
Les recettes des amendes routières rétrocédées par l'État fédéral à la Région wallonne ont doublé entre 2019 et 2024. Sur l'ensemble de la période examinée, elles ont atteint près de 430 millions d'euros.
La Région wallonne n'a utilisé qu'une partie de ces moyens et n'en a affecté qu'une partie aux dépenses de sécurité routière. Sur la même période, les dépenses du fonds des infractions routières régionales se sont élevées à 59 millions d'euros. La majeure partie de ce montant a été consacrée à l'achat et à l'entretien des radars.
Selon la Cour des comptes, il n'existe pas de lien suffisamment clair entre ces moyens financiers, les objectifs stratégiques en matière de sécurité routière et les décisions opérationnelles. Le coût global de la politique relative aux radars n'a pas non plus été entièrement évalué.
Une maîtrise limitée de l'utilisation des radars
La répartition des compétences complique le pilotage de cette politique. La Région wallonne finance et installe les radars, tandis que leur utilisation effective et le traitement des infractions constatées relèvent principalement des zones de police locale et d'acteurs fédéraux comme la police, la justice et les finances.
Le SPW Mobilité et Infrastructures met également des radars déplaçables à la disposition des zones de police. Ce prêt n'est toutefois soumis à aucune condition concernant l'utilisation effective de l'appareil ou l'endroit où celui-ci sera déployé. En concertation avec les parquets, les zones de police déterminent par ailleurs elles-mêmes les lieux, les horaires et les paramètres opérationnels des contrôles.
La Région ne dispose dès lors que d'un accès limité aux données relatives à l'utilisation réelle des radars, au nombre d'infractions constatées et aux suites qui leur sont réservées. Elle ne sait donc pas toujours quand un radar est actif ni si une infraction donne finalement lieu à une sanction.
317 nouveaux radars en cinq ans
Entre 2020 et 2024, le SPW Mobilité et Infrastructures a installé 317 nouveaux radars fixes, radars feux et radars tronçons. La Région n'a toutefois pas déterminé combien de radars seraient idéalement nécessaires pour atteindre l'objectif de zéro tué en 2050. Elle n'a pas non plus estimé les moyens requis à cette fin.
Les emplacements sont sélectionnés en classant les demandes des zones de police selon des critères objectifs. D'après la Cour des comptes, ces décisions ne découlent toutefois pas d'une analyse globale des points noirs de l'ensemble du réseau routier wallon.
La Wallonie ne mesure pas non plus l'évolution de la proportion de conducteurs respectant la vitesse maximale autorisée sur l'ensemble de son réseau. Il reste donc difficile de déterminer dans quelle mesure l'extension du réseau de radars modifie durablement le comportement des conducteurs et contribue à l'objectif fixé pour 2050.
Dans leur réponse, le SPW Mobilité et Infrastructures et le ministre compétent soulignent que les emplacements des radars sont bel et bien déterminés de manière objective. Ils rappellent également que les sanctions dépendent des décisions de la police et de la justice et que l'installation de radars contribue au respect des limitations de vitesse.
Huit recommandations
La Cour des comptes formule huit recommandations à l'attention du ministre wallon de la Sécurité routière, du SPW Mobilité et Infrastructures et de l'Agence wallonne pour la sécurité routière.
La Région doit notamment élaborer un plan stratégique et opérationnel, rendre ses choix politiques plus transparents et établir un lien plus clair entre les dépenses et les objectifs de sécurité routière. Le rôle des différentes organisations concernées doit également être mieux défini.
La Cour recommande par ailleurs d'améliorer encore le choix des emplacements des radars en procédant à une analyse globale des points noirs. La mise à disposition de radars déplaçables devrait être assortie de conditions minimales d'utilisation. La Région devrait également faire évaluer l'incidence des contrôles de vitesse sur le comportement des conducteurs.
Enfin, la Cour des comptes demande la convocation d'un comité interministériel réunissant la Mobilité, la Justice, la Police et les Finances. Un accord de coopération devrait donner à la Région wallonne l'accès aux données nécessaires au pilotage de sa politique de sécurité routière et améliorer la transparence des flux financiers liés aux infractions routières régionales.