Opinion: Tous les véhicules ne doivent pas être électrifiés
L'usage et le moment du renouvellement déterminent l'électrification
L'électrification des flottes d'entreprise ne consiste pas seulement à déterminer quels véhicules sont compatibles avec une motorisation électrique, mais aussi à identifier le moment opportun pour les remplacer. Selon Sylvie Verboomen, regional sales manager Europe chez Targa Telematics Belgium, les fleet managers doivent avant tout tenir compte des usages réels, des contraintes opérationnelles et des possibilités de recharge. Dans cette tribune, elle explique comment les données peuvent aider à définir les bonnes priorités.
L'électrification des flottes est largement engagée en Belgique. Aujourd'hui, près de 90% des nouvelles immatriculations de véhicules 100% électriques sont réalisées par des entreprises, ce qui confirme le rôle central des fleet managers dans cette transition. Pour ces derniers, la question n'est donc plus uniquement de savoir s'il faut passer à l'électrique, mais surtout de déterminer quels véhicules électrifier, dans quel ordre et à quel moment.
Car identifier qu'un véhicule peut techniquement être remplacé par un modèle électrique ne signifie pas nécessairement qu'il doit l'être immédiatement. L'enjeu est désormais de passer d'un objectif général d'électrification à une trajectoire réellement adaptée aux usages de chaque flotte.
"Un véhicule peut être parfaitement compatible avec l'électrique sans pour autant être prioritaire à électrifier. L'enjeu est de croiser les usages, les contraintes opérationnelles et le bon moment pour construire une trajectoire cohérente à l'échelle de la flotte."
La compatibilité n'est que la première étape
Pour déterminer si un véhicule peut raisonnablement basculer vers l'électrique, plusieurs données peuvent être analysées: kilométrage quotidien, fréquence et distance des trajets, taux d'utilisation, périodes d'immobilisation, lieux de stationnement ou encore possibilités de recharge.
Prenons deux véhicules identiques. Le premier réalise principalement des trajets réguliers, revient chaque soir sur le même site et dispose de longues périodes d'immobilisation. Le second effectue des missions beaucoup plus variables, avec des distances difficilement prévisibles et peu d'opportunités de recharge.
Le véhicule est le même. L'usage, lui, change la décision. Cette première analyse permet de déterminer si le passage à l'électrique est cohérent avec les besoins opérationnels. Mais elle ne répond pas encore à une autre question essentielle: est-il pertinent de le faire maintenant?
Tous les véhicules compatibles ne sont pas aussi urgents
Imaginons qu'une analyse identifie 100 véhicules dont les usages permettent un passage à l'électrique. Cela ne signifie pas que ces 100 véhicules doivent être remplacés en même temps.
Certains arrivent prochainement à leur échéance de renouvellement ou de leasing. D'autres disposent déjà de conditions de recharge favorables. Certains parcourent suffisamment de kilomètres pour que leur électrification présente un intérêt particulier. D'autres peuvent, au contraire, être peu utilisés ou répondre à des contraintes opérationnelles spécifiques.
La décision ne peut donc plus se limiter à distinguer les véhicules pouvant être électrifiés de ceux qui ne le peuvent pas. Il faut également déterminer quels véhicules sont mûrs pour une électrification immédiate, lesquels devront attendre le prochain cycle de renouvellement et lesquels nécessitent d'abord une évolution des conditions de recharge ou des usages. C'est ce travail d'arbitrage qui permet de transformer un objectif global d'électrification en une véritable feuille de route pour la flotte.
Les données doivent réduire l'incertitude
Les fleet managers disposent aujourd'hui de quantités importantes de données. Pourtant, avoir davantage d'informations ne rend pas automatiquement les décisions plus simples. Lorsque les informations sont fragmentées entre plusieurs outils ou difficiles à interpréter, le risque est de multiplier les analyses et les projets pilotes sans réellement accélérer la prise de décision.
L'enjeu n'est donc plus seulement de collecter des données, mais de les transformer en informations réellement utiles à la décision: comprendre les usages, identifier les véhicules éligibles à l'électrique et établir des priorités.
"La technologie n'a pas vocation à décider à la place du fleet manager. Son rôle est de réduire l'incertitude, en transformant les données de la flotte en informations concrètes qui permettent de décider plus vite et avec davantage de certitude."
Et après l'électrification?
La décision de remplacer un véhicule par un modèle électrique ne devrait pas mettre fin à l'analyse. Les données permettent de confronter les hypothèses de départ à la réalité: le kilométrage est-il celui anticipé? Les conditions de recharge sont-elles adaptées? Le véhicule répond-il réellement aux besoins opérationnels?
Ces enseignements permettent non seulement d'évaluer les choix déjà réalisés, mais aussi d'affiner progressivement les prochaines décisions d'électrification. Car une flotte n'est jamais figée. Les usages évoluent, les missions changent, les infrastructures de recharge se développent et les technologies progressent. Un véhicule qui ne présente pas aujourd'hui les meilleures conditions pour une électrification pourra parfaitement le devenir demain.
Électrifier les bons véhicules au bon moment
Le taux d'électrification reste un indicateur important de la transformation d'une flotte. Mais il ne dit pas si les véhicules électrifiés étaient les plus pertinents, ni si le moment choisi était le bon. C'est là que les usages réels apportent une autre lecture de la transition: ils permettent de dépasser une logique de volume pour construire une électrification plus ciblée et progressive.
Le prochain défi de l'électrification des flottes n'est donc peut-être plus uniquement d'aller plus vite. Il est d'électrifier les bons véhicules, au bon moment et pour les bonnes raisons.